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LES LIBRAIRIES D’ORAN NE FONT PLUS RECETTE

19/05 11h47

ORAN - Les librairies d’Oran sont désertées par les lecteurs qui ne franchissent que rarement le seuil de ces commerces, jadis hauts lieux de savoir et de culture, de rencontres et d’échanges fructueux.

Aujourd’hui, le nombre de ces librairies est nettement bas pour une ville ayant un statut de capitale de l’Ouest du pays, avec ses universités, ses centres de recherche et de milliers d’étudiants fréquentant les bancs des campus.

"La fureur de lire" n’est plus à l’ordre du jour à Oran où, comme dans toutes les régions du pays, les moyens de communication modernes et Internet ont donné le coup de grâce au livre et à la lecture. Actuellement, seule "la Librairie Internationale" organise parfois des rencontres avec des auteurs venus dédicacer leurs ouvrages et débattre de leurs contenus avec des universitaires, des hommes de culture et des journalistes. Les autres se contentent de ranger les livres sur des étalages et attendre un hypothétique client….

Au cours d’une tournée effectuée par une journaliste de l’APS dans certaines librairies du centre-ville, leurs gérants ont confirmé une situation qu’ils vivent âprement et au quotidien, à savoir la désertion du large public et le peu d’intérêt qu’il accore à la lecture et au livre en général.

La gérante de la librairie "El Djaliss" explique cette réticence par le fait que les jeunes sont plus beaucoup "accrocs" des nouvelles technologies de la communication et de l’information qu’au livre dans sa version papier.

Les prix affichés expliquent également cette situation. "De nos jours, acheter un livre à 1.000 dinars est un véritable sacrifice et grève sérieusement le budget familial", explique-t-elle.

La gérante d’El Djaliss souligne que de nombreux jeunes entrent dans la librairie, repèrent l’ouvrage qui les intéresse, le feuillettent, l’examinent sous toutes les coutures mais à la vue du prix affiché, ils ressortent les mains vides. "Les livres sont chèrs. Certaines collections de théologie sont proposées jusqu’à 100.000 DA. C’est hors de portée du citoyen ordinaire", déplore un quinquagénaire rencontré sur place.

Des coins de lecture pour les accrocs

Afin de contourner une situation plus que déplorable, la gérante de cette librairie a aménagé un coin de lecture à l’intention de ceux qui ne peuvent acquérir un ouvrage. Des tables et des chaises sont là pour "accueillir" les lecteurs d’un jour et leur permettre d’assouvir leur soif de lire.

La gérante d’ "El Djaliss" assume pleinement ce choix même si cela va au détriment de son chiffre d’affaires. "Nous avons choisi cette méthode pour encourager la lecture et l’accès au savoir. Nous ne sommes pas de vulgaires commerçants qui cherchent uniquement le gain facile. Nous ne transformerons jamais notre espace en fastfood ou en pizzeria. Notre mission est noble. Nous voulons diffuser le savoir et la culture pour que notre peuple puisse s’ouvrir sur les autres", déclare-t-elle.

La gérante de la librairie "Millénium" à Hai El Emir, au centre-ville, est catégorique. Son constat est sans ambigüité : "La nouvelle génération n’aime pas lire", avoue-t-elle. Pour elle, ceux qui franchissent le seuil de sa librairie ne viennent que pour chercher des manuels scolaires, des annales des examens du baccalauréat ou du BEM ou autres ouvrages parascolaires.

La dame considère aussi que la jeune génération est beaucoup plus ouverte aux TIC et accède facilement aux ouvrages électroniques du fait de sa maitrise parfaite de l’outil informatique et des NTIC.

Derrière son comptoir, la gérante constate chaque jour que seules les personnes d’un certain âge - des quinquagénaires et des retraités essentiellement- viennent consulter les ouvrages disponibles et achètent parfois un ouvrage ou deux comme c’est le cas pour des universitaires.

Elle déplore les "ravages" du "copier-coller" auquel recourent les étudiants pour élaborer leurs exposés ou mémoires. "Ce n’est plus dans le contenu des livres que l’on puise l’information, mais dans Internet", constate-t-elle.

Le livre pour enfants à la côte

Le propriétaire de la librairie "Tawkiya", l’une des plus anciennes sur le boulevard Emir Abdelkader du centre ville d’Oran, estime que les ouvrages d’histoire, les mémoires de personnalités, les livres de droit et religieux ainsi que les livres de cuisine sont très demandés chez lui.

Tous les responsables des librairies visitées soulignent le succès remporté par le livre pour enfants. Parents et écoliers demandent des ouvrages didactiques et des contes puisés dans les patrimoines national et universel. Leurs prix sont jugés à la portée de toutes les bourses. Sur les étalages et dans les rayons des librairies, de dizaines de titres d’ouvrages, aux couvertures chatoyantes et bien colorées, sont proposés aux petits lecteurs.

Plusieurs parents rencontrés dans certaines librairies estiment qu’il est de leur responsabilité et de leur devoir de faire aimer la lecture à leurs enfants. "J’encourage mes enfants à lire dès leur jeune âge. Je les emmène avec moi aux librairies et chez moi, je laisse toujours un livre à leur portée. C’est comme cela qu’ils pourront aimer le livre et la lecture", indique-t-il.

La gérante de la librairie "El Djaliss" considère que la présence d’un enfant dans une librairie est en soit une chose positive. "C’est à cet âge là qu’on peut susciter l’amour du livre et la fureur de lire", opine-t-elle.

Les libraires d’Oran ont constaté une forte demande pour les ouvrages de référence en Tamazight, comme les lexiques, les dictionnaires et autres livres d’apprentissage de cette langue nationale. Sa récente officialisation serait à l’origine de cet engouement pour ce genre livresque, estime-t-on.

En dépit du fait qu’elle soit la seconde plus importante métropole du pays, Oran reste très peu "desservie" sur le plan culturel comme le reflètent le nombre réduit de ses librairies, leur très faible fréquentation par le public et la "pauvreté" flagrante de leurs fonds livresques.

"Le Petit Lecteur", l’association qui œuvre et milite pour encourager la lecture dans le milieu des enfants, tente de "compenser" un tant soit peu ces manques. Mais, comme dit l’adage, une hirondelle ne peut faire, à elle seule, le printemps ... du livre. (APS)

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